KENICHI NATSUYA
UNE INTERVIEW EXCLUSIVE réalisée par daNIel le 01/04/2007 au CAMDEN PUB de KOSHIGAYA.

KENICHI NATSUYA

Artiste et gentleman, KENICHI NATSUYA imagine et fabrique des chapeaux sous le nom de GENJIRO, ce nom lui a été donné par son Maître chapelier Madame SOU KAORU qui lui a transmis son art et lui a enseigné, non seulement la technique mais aussi l’esprit, l’âme des chapeaux. KENICHI a donc été influencé directement par son Maître, mais également par Mr SOU SAKON, l’époux de son maître, auteur de plusieurs ouvrages de poésie. 

Si parfois ses activités de décorateur le poussent jusqu’à TOKYO, c’est bien dans sa ville paisible de KOSHIGAYA que le soir, KENICHI aime à promener sa poésie… Et ses chapeaux !

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Daniel : Comment souhaitez-vous vous présenter en quelques mots ? Etes-vous simplement un artiste ?

Kenichi : Il se peut que ce soit de ma part une façon de penser un peu « tordue » mais je ne me suis jamais considéré comme un artiste. Je ne me sens pas plus Artisan. Si on doit vraiment me définir je dirais que je suis quelqu’un qui crée des choses. Mon Maître, Mme KAORU n’a pas créé de chapeaux pour répondre à une mode, ni même pour leur utilité. Ses créations sont avant tout des compositions d’art. Ma façon de créer est énormément influencée par elle.

Ce que je recherche avant tout, c’est me donner forme à moi-même. Donner forme aux fragments qui me composent, aux pensées ou aux sentiments de beauté du moment. Avant toute chose, c’est pour moi un moyen de révéler l’intime, plus qu’un outil d’expression.

Daniel : Pensez-vous que votre vie d’aujourd’hui correspond à la vie dont vous rêviez plus jeune ?

Kenichi : Franchement, je n’aurais jamais pensé que cela se passerait ainsi. D’abord je n’aurais pas imaginé que j’allais me marier et ensuite divorcer. Je n’imaginais pas non plus me consacrer de tout mon cœur à créer des choses. Et puis je ne pensais pas que je serais aussi pauvre ! (rires)

KENICHI NATSUYA

Daniel : Pensez-vous aujourd’hui être en mesure de conduire votre vie comme vous le souhaitez ?

Kenichi : Non, qu’il s’agisse simplement de mon quotidien ou bien mon existence d’une façon plus générale, je ne peux rien contrôler. Je n’arrive déjà pas à me comprendre moi-même (rires) !

Dans le fond ce qui est le plus important pour moi c’est d’être capable d’attention envers les autres. C’est une ligne de conduite difficile. Je veux aussi continuer à créer, à faire. C’est mon axe, ma « colonne vertébrale » de vie. 

Daniel : Vous vendez vos chapeaux ?

Kenichi : Non pas maintenant.

Daniel : Vous ne le souhaitez pas ?

Kenichi : Je souhaiterais bien vendre des chapeaux mais disons qu’aujourd’hui mon activité principale c’est mon travail de décorateur. Je n’ai pas assez de temps actuellement pour créer et m’occuper de vendre des chapeaux. Mon activité de décorateur est très intéressante puisque je travaille pour la télévision, le théâtre et aussi des sociétés comme Toyota qui me demandent de refaire la décoration à l’intérieur de leurs locaux.

KENICHI NATSUYA

Daniel : Pensez-vous que chaque personne porte au fond d’elle un rêve caché, quelque chose de fort qui donne un sens à sa vie ?

Kenichi : Oui c’est exactement ce que je ressens. Mais je ne souhaite pas utiliser le mot rêve, c’est un mot trop fort pour moi. Je dirais plutôt que c’est quelque chose qu’on aime, qu’on attend, c’est cela que tout le monde porte au fond de soi.

Je vois plein de gens qui aiment bien boire un verre à la fin de la journée et le fait de penser à ça, motive leur travail par exemple. Une autre personne vit pour ses enfants, aime les regarder grandir…je ne peux pas dire qu’il s’agit d’un rêve, il m’est difficile de voire la différence entre le rêve et le désir, mais c’est quelque chose de léger… Le mot rêve est un peu trop fort.

KENICHI NATSUYA

Daniel : Pour moi, lorsque j’utilise le mot « rêve » je pourrais utiliser aussi le mot « moteur », c’est à dire ce qui va forcer la personne à faire des choix dans sa vie, la pousser pour aller là où peut-être elle n’a pas envie d’aller.
Pour moi, le moteur chez un artiste pousse plus fort que chez les autres personnes.

Kenichi : Je comprend bien le mot « moteur ». En regardant les gens au Japon je me dis qu’il y a trop d’informations, c’est à dire d’influences extérieures et que c’est à cause de cela que le « moteur » est moins fort chez beaucoup de gens. Beaucoup de gens aiment à donner leur avis trop facilement sans vraiment réfléchir. 

En ce moment par exemple on polémique sur un changement de loi et beaucoup de gens approuvent en étant influencés par différentes informations, moi personnellement, je suis contre.
Ce qu’il faut à mon avis, c’est être attentif au respect pour la vie, le respect par rapport au plus petit. On peut parler beaucoup et ne jamais regarder les choses en profondeur. Beaucoup de gens souhaitent parler avec intelligence en oubliant la spiritualité.

Le Japon est un pays si pacifique qu’il est facilement influençable. Les informations qui nous viennent des Etats-Unis nous influencent énormément. Nous ne pensons pas suffisamment par nous-même.

KENICHI NATSUYA

Daniel : A force de trop écouter le Monde extérieur on en arrive à ne plus être à l’écoute soi-même à l’intérieur… Pour créer avez-vous un fort besoin de silence, de vous couper du monde ?

Kenichi : Lorsque je pense au silence, au contact avec soi-même, cela m’évoque la souffrance. Bien sûr il y a des artistes qui eux vivent cela dans la joie mais pour moi-même c’est de la souffrance que je ressens lorsque je rentre dans mon silence intérieur… Ma création passe par la souffrance. Heureusement qu’ensuite le résultat m’apporte du plaisir, les réactions des gens devant mon travail aussi. C’est peut-être pour cela que je crée des choses, j’attend cela. Les réactions des gens sont très libres, elles me permettent aussi de faire des découvertes et de progresser.
Beaucoup de gens me disent « tu es quelqu’un de spécial, de difficile » mais moi je ne pense pas.

Daniel : D’après vous, un artiste est-il plus libre que les autres personnes ou au contraire prisonnier de son art ? Pour les artistes en général et aussi pour vous en particulier….

Kenichi : Tout dépend des gens ! C’est difficile, je ne sais pas s’ils sont libres ou pas. Je peux avoir l’impression qu’un artiste a l’air libre mais… Beaucoup d’artistes sont prisonniers d’un concept…

Pour moi il y a des amis qui m’ont dit « on t’envie de vivre comme tu veux et de faire ce que tu veux » mais en fait c’est seulement leur point de vue…
Je ne pense pas être très libre, mais je peux dire que je vis selon mes choix. En regardant les autres gens qui eux travaillent dans des entreprises, je me dis que tous et toujours ils connaissent différents problèmes mais pour les artistes c’est pareil ! Même s’ils ont l’air différent les problèmes sont là aussi.

KENICHI NATSUYA

Daniel : D’après vous le but de notre existence sur Terre est-il de devenir libre ?

Kenichi : Je n’aime pas utiliser le mot « liberté ». Le concept de liberté cela dépend des gens. Moi je pense et cela rejoint la philosophie Bouddhiste, que tout le monde est venu sur Terre parce qu’il y a quelque chose à faire pour chacun de nous…

Daniel : Pourquoi la grande majorité des gens n’arrive pas à avoir conscience qu’il y a quelque chose à faire ?

Kenichi : A mon avis c’est parce que la plupart des gens sont accaparés par leur vie quotidienne et n’ont pas le temps pour penser à ce genre de chose et il n’existe rien qui les pousse à penser à ça.

KENICHI NATSUYA

Daniel : J’ai remarqué qu’il y a les artistes lumineux ou les artistes de l’ombre. Selon ce qu’ils expriment dans leur création… Avec vous c’est difficile de vous classer, j’ai le sentiment que vous êtes sur un fil, à une frontière… Vous êtes comme un funambule il me semble, lorsque je vois vos créations, vos chapeaux, je sens toute l’ombre qu’il y a en vous et aussi un côté lumineux, léger… Où vous situez-vous ?

Kenichi : Tout d’abord je vous remercie beaucoup de ce que vous avez dit, il est rare que quelqu’un analyse aussi sérieusement mon travail.
Pour répondre à votre question, une fois terminées, mes créations deviennent indépendantes, je ne saurais trop les situer entre lumière et obscurité.
C’est un peu comme lorsque vous avez faim, vous pensez que vous avez faim, ensuite vous avez envie de boire, puis envie de sortir, se succèdent ainsi des envies divers, puis vous regardez la télévision, les nouvelles du Monde, la paix, la guerre, ensuite vous avez des pensées romantiques ou au contraire vicieuses etc… etc… Et je pense que c’est toujours ainsi pour les êtres Humains.

Si je parle des artistes en général, surtout des artistes renommés, il créent souvent des séries (les créateurs de vêtements par exemple), de cette façon pour le grand public il est plus facile de comprendre le concept que l’artiste veut exprimer. Pour ne citer qu’un exemple Monsieur TAKASHI MURAKAMI est un artiste très doué pour expliquer son art, un peu comme l’était PICASSO. Ces artistes expliquent pourquoi ils ont créé ceci ou cela.
Monsieur TAKASHI MURAKAMI explique la relation entre la peinture à l’encre de chine et le dessin animé actuel et à partir de là il enchaîne sur l’histoire et la culture du Japon… Il a ce genre de théorie personnelle et le grand public a ainsi plus de facilité pour comprendre ses créations.

Mais quant à moi, il n’y a que le résultat et c’est tout.
Bien sûr que je souhaiterais être admiré, recevoir de bonnes critiques, devenir artiste super-star… Mais, toutes ces idées n’arrivent qu’après, c’est à dire une fois mon travail terminé.

La dernière exposition que j’ai faite était un peu spéciale, j’ai essayé de faire une présentation harmonieuse, j’ai utilisé pas mal de matières identiques avec plusieurs styles différents. En général on fait une exposition en suivant une seule ligne, un seul mouvement, ça fait une série, mais pour moi c’était différent cette fois-ci. C’est un peu comme « être sérieux mais drôle » ou bien « être pas sérieux mais très sérieux ». Je suis un peu comme ça, un peu tordu. Donc je ne peux pas dire si je suis plus dans le lumineux ou plus dans l’obscur.

Ce genre d’identification transparaît dans mes créations qui sont le fruit de toutes les pensées qui nous traversent. Pensées sérieuses, plaisanteries, pensées sexuelles… D’un extrême à l’autre, pour chaque Etre Humain c’est ainsi.

Je ne suis pas un artiste qui définit bien ses œuvres. Ca faisait longtemps que je n’avais pas fait d’expo. Lors de la dernière  j’ai voulu montrer toute la diversité de mes créations qui naissent de toutes ces pensées qui transitent en nous.

Interprètes : AI MORIMOTO et SAYULI TEZUKA- Photos d’interview : daNIel
Photos des chapeaux : avec l’aimable autorisation de l’auteur ainsi que : ISOGAYA GALLERY de TOKYO - Traduction JAPONAISE version finale : Shiho SHIMONAGANO

KENICHI NATSUYA

 

KIKOERU
la trace

 

 

 

VERSION FRANCAISE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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