MICHEL VRAY PAR LAURIANNE FOLINAIS

J’étais venu dans cette soirée avec l’idée de rencontrer un ou deux artistes japonais, leur proposer des interviews. Au dernier étage de cet immeuble mis à disposition du collectif d’artistes déménagés du squat "Rivoli59" je ne me sentais pas vraiment à l’aise. Un verre de vin blanc dans la main je me faufilais entre les groupes hilares, épiant les visages, essayant d’accrocher un sourire, artistes ou pas artistes ? Japonaises, beaucoup, cris, acclamations, la nuit dehors, m’échapper dans les rues…

Du groupe assis autour du poêle il s'est extrait pour me demander "ça vous dirait de visiter les ateliers ?"     

Ensuite on ne s’est plus quitté. J’ai réalisé son interview et j’ai compris que c’est bien lui que j’étais venu rencontrer à cette fameuse soirée.

Après le squat de la rue de la Tour des Dames, j’ai retrouvé Michel au "Jardin d’Alice" de la rue de La Chapelle. Nous nous sommes rencontrés plus d’une fois dans ce lieu magique et il est devenu important dans ma vie.

* * *

Autour de lui, dans sa chambre-bureau-atelier, une famille d’objets, de papiers, de livres, de dessins, placés sur les tables et les étagères.

A bien y regarder, sa chambre n’est pas si loin de ressembler à une chambre d’enfants. Peut-être parce qu’elle s’entête à rassembler dans un petit espace tout ce qui est nécessaire à une vie autonome et cloîtrée, une vie d’artiste au milieu d’autres artistes, tous squatteurs frileusement à l’abri d’une petite maison cernée d’immeubles, de rues, de Paris.

Les enfants aussi ont ce besoin de regrouper à portée d’une main tout ce qui pourrait prolonger le jeu et le rêve le temps d’un mercredi, sans avoir à s’aventurer sur les territoires des grands.

Michel circule plus volontiers entre les murs fragiles de sa chambre que dans les couloirs des métros. Son regard s’attarde sur les murs tapissés de dessins, cartes postales et photos.

Il aspire la fumée de sa cigarette et caresse du bout des doigts la reliure d’un livre. Au-delà du plâtre fissuré, au-delà des rosiers du grand jardin, s’agite une vie parisienne qu’il ne connaît que trop bien.

MICHEL VRAY PAR LAURIANNE FOLINAIS

Ils sont une poignée à vivre ici. Ils se sont choisis, ils ont choisi la maison et Michel a choisi sa vie.

"En janvier dans la chambre je devais avoir cinq degrés... Mais je m'en fous."

Dormir dans le froid avec un manteau, ne pas manger, mais dormir quand même en s’extasiant des étoiles qu’aucun immeuble ne vient cacher pour le moment, car le grand jardin a encore la force de les tenir à l’écart. Se rassasier du silence, de la lumière et du ronronnement des chats.

Il a récupéré la plus grande partie de son mobilier sur les trottoirs de Paname. Même Georgette, la chatte blanche sauvée in extrémis d’un bac d’huile de vidange. Récupérée la Georgette. La maison aussi était abandonnée sur un trottoir et ils l’ont récupéré sans demander l’avis de personne.

Depuis longtemps le marbre des cheminées s’était refroidi. Cet hiver à nouveau, les parfums du feu et de la cendre cavalent joyeusement dans les escaliers pour se cacher entre les pages des livres.

Je contemple les photos de ses fillettes qui maintenant ont grandies. Interprète, musicienne, docteur. Elles se tiennent obstinément éloignées de lui, de sa vie. Entre ses femmes d’hier et ses femmes d’aujourd’hui, il s’interroge, se débat, résiste un peu mais pas tant. Il grommelle "Où est-ce que j'ai été foutre les pieds encore ! Les pieds et le reste !"

Mais toujours il reste amoureux, le revendique tonitruant, et puis s’engueule et finalement se sert un verre.

MICHEL VRAY PAR LAURIANNE FOLINAIS

« Pendant un an j’ai dormi dans la rue, avec dans mon sac le manuscrit écrit par mon grand-père, en guise d’oreiller »

Michel l’homme au chapeau. Ta vie est une histoire qui craque de trop d’histoires. Comment pourriez-vous vivre enfermés, comment pourriez-vous vivre légers, toi et ton cœur qui transportez sourires de tant d’amis, souvenirs de tant de vie…

Michel l’homme aux pinceaux. Tes encres à la poursuite des étoiles… Tes pigments coulées de lave... Nos yeux s’interrogent mais nos yeux ne savent pas voir… Pourtant en y regardant mieux… On peut parfois y découvrir la silhouette un peu timide d’un môme rêveur, qui dans les rues de Paris… s’amuse encore à jouer les 400 coups…

 

MICHEL VRAY PAR LAURIANNE FOLINAIS

Texte : daNIel
Photos : Un grand MERCI à Laurianne FOLINAIS pour ses superbes clichés. Pour en voir plus :

http://www.lauriannefolinais.com/

 

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