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ANI PEMA ZANGMO
UN ENTRETIEN réalisé par daNIel le 06.09.2017 à PARIS dans le quartier de Belleville.
Avec la collaboration de ERIC ROBBIOLA.

ANI PEMA ZANGMO

Daniel : Grâce au site web qui vous est consacré j'ai pu comprendre que c'est à l'âge de cinq ans que vous avez commencé à étudier le bouddhisme.  Vous souvenez-vous de vos premières peurs lorsque vous avez senti que vos parents vous imposaient de suivre ce chemin ?

Pema : En fait mes parents ne voulaient pas. C'est moi qui ai voulu suivre la voie du Dharma. 

Daniel : Vraiment ? Et vos parents, quel projet d'avenir nourrissaient-ils pour vous ? 

Pema : Mes parents étaient des fermiers, ils possédaient une maison avec des terres et des animaux de ferme. Nous avions tout ce qui nous était nécessaire pour vivre. Notre vie était simple, il y avait deux saisons, l'été et l'hiver. L'été tout le monde travaillait pour cultiver la terre et récolter, ensuite pendant les six mois d'hiver tout le monde, y compris les animaux, restait enfermé à l'intérieur de la maison. Dans mon souvenir la période hivernale était joyeuse. Toute la famille était regroupée dans la chaleur de la maison et c'était une vie heureuse.

ANI PEMA ZANGMO

Daniel : Mais alors, quel a été pour vous le déclic qui vous a poussé à choisir ce chemin vers le monastère et l'étude du Dharma ?

Pema : Le monastère est ma vie. Lorsqu'on est nonne ou moine, on le demeure pour toute la vie, pour les autres gens la vie est souvent tributaire d'une certaine instabilité, ils peuvent être amenés à changer de métier, de partenaire... Moi j'avais vraiment  besoin de cette vie stable.

Daniel : Pourquoi ne pas avoir choisi la même existence que vos parents ? 

Pema :  En fait vous savez, tout le monde autour de moi était bouddhiste. Mes parents aussi pratiquaient le bouddhisme. La seule différence ce sont les vêtements que je porte ! Et aussi les vœux. Les laïcs ne prononcent pas de vœux.

Daniel :  C'est quelque chose qui vous est venu naturellement de prononcer les vœux ?

Pema : Bien évidemment à l'âge de cinq ans on ne peut pas parler de vœux. J'ai prononcé mes véritables vœux lorsque j'avais vingt ans.

Daniel : Mais tout de même dès l'âge de cinq ans vous aviez ce désir d'étudier le bouddhisme ?

Pema : Oui, à cinq ans j'étais déjà attirée par la vie au monastère, de même je savais au fond de moi que je ne désirais pas suivre le parcours d'une vie normale, par exemple être liée à un homme.

ANI PEMA ZANGMO

Daniel : Vous saviez donc très tôt que vous ne seriez jamais séduite par une vie laïque.
Je sais que vous êtes engagée, et depuis fort longtemps déjà, dans de grands projets de construction d'écoles, de temples. J'imagine que pour mener à terme de tels projets il vous faut une énergie hors du commun, pour trouver des financements, pour coordonner les travaux, pour défendre ces projets, mais d'où vous vient cette formidable énergie ?

Pema :  Toute l'énergie dont j'ai besoin me vient de Bouddha et de Karmapa.

ANI PEMA ZANGMO ET KARMAPA

Daniel :  Malgré tout, puis-je vous demander si vous connaissez des moments de grand découragement, des moments difficiles ?

Pema : Non absolument pas. Les gens sont adorables et tout le monde vient apporter son aide aux projets.

Daniel : Les portes s'ouvrent et les cœurs aussi. Et parmi tous ces gens que vous rencontrez de par le monde, ces gens qui vous aident ou qui vous écoutent tout simplement, avez-vous observé un point commun qui les rassemble ?

Pema : A chaque nouvelle rencontre je constate la même ouverture de cœur. Je pense que c'est le point commun le plus évident entre tous ces gens qui viennent vers moi.

Daniel : Cette ouverture m'intéresse... Qu'y-a-t-il derrière cette ouverture ?  Est-ce seulement la relation entre vous et les autres qui crée cette ouverture, ou bien indépendamment de votre présence, pensez-vous que les gens manifestent naturellement cette ouverture ?

Pema : Si nous pouvons nous ouvrir c'est grâce à la bénédiction du Bouddha et du Karmapa. Nous recevons leur aide. Au cours de nos premières vies, nous donnons et ensuite dans les vies suivantes nous recevons, Nous donnons puis nous recevons.

ANI PEMA ZANGMO

Daniel : Lorsque les gens viennent vous parler, y a-t-il une question qui revient le plus souvent ?

Pema : Non il n'y a pas de question.

(Eric intervient pour m'apporter une précision)

Eric : En fait lorsque les gens viennent vers elle, il n'y a pas vraiment de discours. Elle leur donne la bénédiction qu'elle a reçue. Elle transmet ce qu'elle a reçu.

Daniel : Ce n'est pas une relation très intellectualisée.

Eric : Non au contraire ! C'est direct, cela ne passe pas par les mots. Mais plutôt par ce qui est derrière les mots.

ANI PEMA ZANGMO

Daniel : J'aimerais savoir si vous pensez que chaque personne a quelque chose de personnel à réaliser dans cette existence ? Avons-nous tous un objectif à réaliser le temps de notre vie ?

Pema :  Oui, oui. Nous avons un objectif principal à réaliser. Par exemple, la raison pour laquelle nous sommes réunis ici et maintenant, c'est parce que nous avons créé les conditions de notre rencontre dans nos vies antérieures. Cela peut s'être produit il y a fort longtemps. Nous nous connaissons depuis très longtemps, c'est pour cela que nous pouvons nous rencontrer aujourd'hui. Autrement on ne se rencontrerait pas.
Ainsi toutes nos actions d'aujourd'hui porteront leur fruit plus tard. Si nos actions sont bonnes alors nous aurons de bons fruits dans le futur. 

Daniel : Mais pensez-vous que nous soyons les héritiers des histoires de nos ancêtres, c'est à dire, sommes-nous obligés de continuer ce qu'ils ont commencé ?

Pema : Oui je pense que cela est possible également.

Daniel : La méditation peut-elle nous aider pour comprendre quel est notre chemin dans la vie ?

Pema nous montre alors comment elle médite. Nous sommes tous assis sur des chaises, autour d'une table. Pendant une ou deux minutes, Pema, sur sa chaise, entre dans une profonde méditation, nous l'observons en silence. Nous regardons et nous sentons la densité de l'air qui l'entoure.

Eric : Pema nous a montré comment elle médite. Dans un premier temps elle a pris refuge. Cela veut dire qu'elle s'est reliée au courant d'amour et de sagesse infini des Bouddhas... Pour comprendre il faut bien visualiser un courant, c'est à dire une énergie qui s'écoule, quelque chose de vivant. Un courant nourri de souhaits positifs et purs, provenant d'êtres presque comme vous et moi sauf qu'ils ont atteints l'état de Bouddha (ou de Boddhisatva comme Karmapa, Sharmapa). Ces êtres qu'elle rencontre, avec lesquels elle vit, ont une influence et un rayonnement  extraordinaire. Ils appartiennent à un courant hors du temps et hors de l'espace. Il y a des milliards d'être comme eux. Ces êtres là ont des souhaits positifs. Pour commencer elle s'est connectée à eux. D'où cette formule je prends refuge.
La méditation c'est cela pour elle. Se connecter avec son courant de conscience et se connecter aussi avec tous ces êtres. Elle a préparé son corps (position physique de méditation qui permet d'apaiser notre état émotionnel et de clarifier notre esprit). Une fois posée, elle a observé son esprit. Ensuite elle a dédié le fruit de cette action (méditation) au bonheur de tous les êtres.

Se poser, se recentrer puis observer la réalité de son esprit. Ainsi Pema a créé un karma positif qui pourra lui apporter du bonheur dans le futur. Mais elle nous a dit ensuite : Ce bonheur moi je n'en veux pas et je l'offre à tous les êtres.

Daniel : C'est difficile à comprendre.

Eric : Elle souhaite que tous les êtres soient libérés de la souffrance. Elle ne veut pas garder ce karma positif pour son propre bonheur. Alors elle l'offre pour que tous les êtres sortent de l'état de souffrance.

Pema : Le Dharma ce n'est pas une pratique  intellectuelle. Il ne s'agit pas de lire ou de réfléchir sur ce qu'est le Dharma. Le Dharma c'est avant tout notre quotidien lorsque nous avons une vie positive et que nous sommes attentifs à rendre les autres heureux. Il ne s'agit pas seulement d'étudier, cela ne suffit pas.

Daniel : Merci beaucoup. 

Remerciements : Merci à Viviane et à Eric pour leur collaboration.
Crédit photos : Avec l'autorisation du site officiel de Pema : http://lamapema.org/

Interprétation anglaise au cours de l'entretien : Eric ROBBIOLA.

ANI PEMA ZANGMO

LAMA PEMA

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