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IWAYAMA SAN - MOINE ZEN

IWAYAMA SAN

Cet entretien a été réalisé au mois de Juillet 2018 avec IWAYAMA SAN, moine zen de l'école Rinzaï, dans son temple de Odawara (préfecture de Kanagawa).

Interprétation et traduction : IIDA Miki.

Iwayama san : Félicitations pour la France ! (En référence à la victoire de la coupe du monde de football par la France)

Daniel : Merci beaucoup ! (rires)

Iwayama san : Ici vous êtes dans le plus petit temple zen du Japon dans lequel puisse vivre un moine (avec sa famille). Au japon, il y a beaucoup de temples qui restent vides. Et lorsque le temple est trop petit il est impossible d'y survivre, car il y a trop peu de donations. 

Daniel : Est-ce que cela veut dire que lorsque le temple est petit, peu de gens y viennent ?

Iwayama san : Pour qu'un temple assure son fonctionnement il est nécessaire que ce temple ait des adhérents, c'est à dire des personnes, des familles qui cotisent pour son entretien. Les familles paient une adhésion pour bénéficier des services du temple, entretenir les tombes et assurer les rites funéraires, mais aussi pour les cérémonies d'anniversaire pratiquées après la mort.

IWAYAMA SAN TEMPLE

Daniel : Je souhaite que nous parlions du zazen. Comment est organisée la pratique du zazen dans votre temple ?

Iwayama san : Tout d'abord il vous faut savoir que c'est après une période minimum de trois années d'études qu'un moine peut se voir confier la charge d'un temple. Mais il s'agit le plus souvent d'une affaire familiale, un moine prend donc la suite de son père, c'est ainsi que quatre-vingt-dix pour cent des moines sont des fils de moines. Dans le cas où le père n'a pas de successeur, alors toutes les familles qui adhèrent au temple doivent le quitter. Aussi, compte tenu de ce système d'adhésions, un temple qui n'a plus de successeur devient un temple inutile. Donc il faut absolument lui trouver un successeur.

C'est après avoir terminée l'université que le prétendant moine va étudier pendant trois ans pour obtenir un certificat qui lui permettra de prendre la succession de son père.  Au cours de ces trois années d'études, les étudiants moines ont l'obligation de pratiquer le zazen, même si le zazen ne les intéresse pas vraiment. Mais dès qu'ils sont en charge d'un temple, ils ne font plus de zazen car ils trouvent cela ennuyeux.

IWAYAMA SAN

Daniel : Donc le temple sert uniquement à régir la vie de la communauté, célébrer les cérémonies, les enterrements...

Iwayama san : Oui, ce sont des activités nécessaires à la survie du temple et aussi des activité religieuses.

Daniel : De la part des membres adhérents il n'y a donc aucune demande de pratiquer le zazen pour le bien-être ?

Iwayama san : Peu de temples organisent des séances de zazen ou même des lectures des textes bouddhiques car de nos jours, le plus important pour la majorité des personnes qui adhèrent au temple ce sont les cérémonies funéraires et les cérémonies d'anniversaires de la mort et cela leur semble amplement suffisant. Il y a donc effectivement très peu de demandes. Moi, j'ai fait beaucoup de zazen lorsque j'étais enfant. C’est la raison principale qui fait que je suis devenu moine. Et je pense que le Zazen est essentiel dans le bouddhisme zen.

Pour moi le zazen est important. J'organise au temple des séances de zazen le matin, de cinq heures du matin à six heures et demie et le soir de vingt et une heure jusqu'à vingt deux heures trente, aussi via Internet.

Daniel : Il y a beaucoup de gens qui viennent ?

Iwayama san : Non, il y a peu de monde, mais je ne suis installé ici que depuis l'année dernière. Pendant soixante ans il n'y a eu personne dans ce temple ! Il a d'abord fallu tout nettoyer, dans le jardin c'était comme la jungle. Dans la maison il n'y avait même pas de chauffage, les travaux de maintenance ont duré un an.

Ensuite des gens m'ont demandé à faire zazen. Ce n'est pas moi qui le leur ai proposé. Il y a donc quelques demandes. Il m'arrive aussi de me déplacer jusqu'à Tokyo, au sein des entreprises, pour leur proposer de pratiquer le zazen.

IWAYAMA SANS TEMPLE

Daniel : C'est intéressant, dans l'entreprise le zazen intéresse plus les cadres supérieurs ou les employés ?

Iwayama san : Les cadres supérieurs sont les plus intéressés mais les employés en ont le plus besoin. Moi j'essaie surtout de le proposer pour les employés, surtout pour les plus jeunes.
Comme ce temple n'a que quatre adhérents, il me faut chercher un autre moyen pour ne pas dépendre de ce système de membres. Il faut savoir qu'à notre époque il y a de plus en plus de gens qui ne passent plus par le temple pour les cérémonies funéraires. Donc, si nous enlevons aux moines l'organisation des cérémonies funéraires, ce qui était le plus important jusqu'alors, il ne leur reste plus rien pour survivre...

Dans ma vie j'ai toujours essayé de considérer mes points faibles comme des atouts. Ici j'adopte la même attitude, puisque je ne peux pas vivre en me reposant sur le système des adhérents, il me faut donc à partir de ce point faible, développer un atout pour survivre avec de nouvelles activités. C'est la raison pour laquelle je vais démarcher des entreprises pour proposer le zazen.

IWAYAMA SAN TEMPLE

Daniel : Avez-vous aussi l'intention d'aller dans les écoles ? Est-ce possible ?

Iwayama san : Mon premier contrat a été passé avec Google car je parle anglais. J'ai aussi l'intention de me rendre dans une école de Sumo.

Daniel : Mais je pensais plus aux enfants dans les écoles.

Iwayama san nous montre sur son téléphone une photo sur laquelle nous pouvons voir sa fille assise en zazen.

Iwayama san : Ma fille a cinq ans. Elle fait zazen avec moi le matin, elle tient la posture au moins dix ou quinze minutes, elle a commencé à l'âge de quatre ans. En général nous commençons par parler ensemble, nous parlons des textes bouddhiques, ensuite nous faisons un peu de zazen pendant dix ou quinze minutes, puis en complément nous essayons d'envoyer de bonnes pensées en direction des autres, de la famille. Pour les enfants il est toujours difficile de se calmer soi-même donc zazen est parfait pour cela. Et pour les parents c'est une bonne façon de créer des moments de partage et de tranquillité.

Daniel : Puisque nous parlons du monde de l'enfance je vais entrer un peu plus dans le thème de mes interviews. J'aime parler de l'enfance et j'aime parler de l'enfant que nous avons en nous-mêmes. Avons-nous un enfant à l'intérieur de nous ? Qu'en pensez-vous ?

Iwayama san : J'essaie de devenir un bébé.

Daniel : Devenir ou bien re-devenir ?

Iwayama san : Re-devenir. Il subsiste en nous une partie enfantine mais avec l'âge il est très rare qu'elle s'exprime. La pratique du zazen nous rapproche de cela. Le cœur veut redevenir le bébé. L'esprit du zazen c'est lorsque l'enfant s'extasie devant la fleur de tournesol. Je me demande si les adultes sont capables de s'extasier encore. Oublier un peu les choses du quotidien et retrouver le regard de l'enfant devant une fleur, c'est peut-être cela zazen.

IWAYAMA SAN

Daniel : Donc vous aimeriez permettre à votre enfant de garder le plus longtemps possible cette fraîcheur d'esprit ?

Iwayama san réfléchit profondément.

Iwayama san : Dans la vie il y a beaucoup de complications et d'obstacles aussi, donc il est assez difficile de conserver cet état d'innocence. Mais je souhaite enseigner que si nous le désirons nous pouvons revenir à cet état, c'est ce que je souhaite enseigner à ma fille. Le but n'est pas de rester en enfance, nous devons devenir adulte, mais nous pouvons aussi retrouver cet état lorsque nous en avons besoin.

Daniel : Nous pouvons trouver une certaine liberté de choix. Je voudrais parler de votre parcours jusqu'à la vie que vous menez aujourd'hui. Vous rappelez-vous d'un événement marquant ou de quelque chose de votre enfance qui pourrait être relié à votre vie d'aujourd'hui ?

Iwayama san : Oui tout à fait. J'ai goûté au zen grâce à mon père, qui est allemand et qui me faisait faire zazen à chaque fois que je faisais une bêtise ! (rire) Mon père avait construit une petite cabane pour faire office de zendo. C'était en Allemagne, mon père n'était pas moine mais il s'intéressait au zen. A tel point que nous avons déménagé à trois reprises et à chaque nouvelle adresse, mon père reconstruisait une petite maison pour le zen.

Daniel : Et votre mère s'intéressait-elle au zen ?

Iwayama san : Ma mère est donc japonaise mais elle est chrétienne protestante. J'ai d'ailleurs moi-même été baptisé Protestant. Je ne suis donc pas limité à une seule confession. Un moine zen authentique ne doit pas adhérer à une seule et unique religion, il doit avant toute chose rester indépendant. Le véritable moine zen, en toutes choses, n'est donc jamais, ni dans l'exagération ni dans la passion.

IWAYAMA SAN

Daniel : Vous êtes donc sur un chemin. Un chemin qui commençait à se dessiner dans l'enfance. Pensez-vous que pour chaque personne, il y a un chemin à trouver dans cette vie ? Un chemin unique pour chaque personne...

Iwayama san : Je pense que le chemin unique est de vivre l'instant. Vivre chaque instant comme un instant unique. Si nous ne pouvons pas vivre l'instant avec toute l'énergie dont nous sommes capables, alors nous sommes sortis de ce chemin. Vivre l'instant présent c'est être sur le chemin authentique. À chaque fois que nous vivons sans faire attention au moment présent, nous sommes en dehors du chemin. Dès que nous avons la conscience d'exister, à cet instant nous sommes sur le chemin.

IWAYAMA SAN

IWAYAMA SAN

Interprétation et Traduction : Merci à Miki IIDA d'avoir rendu possible cette rencontre !

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VERSION FRANCAISE
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